Les
Pivoines

  
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La
pivoine est une plante ornementale très appréciée
en Chine
et cultivée depuis fort longtemps. D’après
les annales historiques, alors qu’il admirait les pivoines
dans le jardin de la cour impériale, l’empereur
Wenzong de la dynastie des Tang (618 - 907) demanda un jour
à un ministre : «Quel est le meilleur des poèmes
au sujet de la pivoine répandus dans la capitale ?»
«La beauté de l’Etat se présente
quand on est échauffé par le vin, un air odorant
parfume les habits dans la nuit, lui répondit le ministre.
Ces vers de Li Zhengfeng, favori du secrétaire général,
sont les plus beaux.» L’empereur apprécia
ces vers et, depuis lors, on compare souvent la pivoine, surnommée
«reine des fleurs» à une femme d’une
beauté remarquable.
En
Chine, la tradition veut que la pivoine symbolise le bonheur,
la fortune, la paix et la prospérité. Les fleurs
de pivoine sont de couleurs éclatantes et fort variées:
rouge, orange, jaune, vert, vert émeraude, bleu et
violet. Selon leurs coloris nuancés, on répartit
les pivoines en plusieurs centaines de variétés.
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Le
parfum des fleurs de pivoine diffère selon leur couleur.
Les fleurs violettes ont un parfum fort, les blanches un parfum
délicat et les jaunes-bleues un parfum exquis. Un adage répandu
parmi les horticulteurs prétend même qu’on peut
distinguer les fleurs par leur parfum.
Selon
les variétés, les pivoines ont des tiges plus ou moins
fines ou vigoureuses et plus ou moins ramifiées. Leurs feuilles
pointues et dentelées sont denses et changent de couleur
avec la venue de l’automne.
La
pivoine a une grâce captivante. Selon un poète, «les
fleurs en s’épanouissant au printemps composent un
tableau magnifique, les feuilles nettoyées par la pluie en
été sont immaculées, les tiges vigoureuses
en automne sont aussi dures que le fer et les bourgeons à
feuilles en hiver résistent à la neige comme les fleurs
de prunier.»
Privilégiée
par la nature, la pivoine est aimée de tout le monde, en
Chine tout particulièrement où ce culte voué
aux pivoines se maintient de génération en génération.
Ainsi
lorsque la dynastie des Sui (581 - 618) installa sa capitale à
Luoyang,
l’empereur Yangdi affecta 13 ha de terres dans la banlieue
ouest à la plantation de superbes plantes ornementales, dont
la pivoine. Cette plantation était connue sous le nom du
jardin de l’Ouest. Les dynasties ultérieures continuèrent
d’aménager des jardins si bien qu’ils se succédaient
sur une dizaine de kilomètres aux environs de Luoyang. La
pivoine était cultivée dans tous ces jardins. Dans
des livres historiques et des ouvrages littéraires, on mentionne
des scènes touchantes où les habitants de Luoyang
admiraient les pivoines. Lorsque les pivoines fleurissaient à
la fin du printemps, les gens simples, les dignitaires et les nobles
prenaient tous plaisir à aller admirer les pivoines. A l’époque,
on distinguait une espèce particulièrement exceptionnelle
de pivoine appelée Yaohuang. Chaque année, seules
trois ou quatre fleurs parvenaient à s’épanouir
dans toute la ville. A ce moment-là, les habitants conduisaient
les vieillards et emmenaient les enfants pour aller voir ces fleurs
rares.
Plus
tard, lorsque les Tang (618 - 907) établirent leur capitale
à Chang’an (actuel Xi’an),
l’empereur Xuanzong ordonna au jardinier Song Danfu de cultiver
des pivoines célèbres dans le jardin impérial
au pied du mont Lishan. Rapidement, ces pivoines furent cultivées
dans toute la ville. Chaque année, pendant la floraison,
tout le monde allait admirer les pivoines. Deux vers nous aident
à imaginer l’animation qui régnait à
Chang’an à cette époque : «Durant les
vingt jours où les pivoines fleurissent, tous les habitants
sont fous de joie.»
Ce
goût pour ces fleurs ne se limitait pas à Chang’an
et Luoyang. La pivoine est cultivée dans presque toutes les
régions en Chine. La tradition de la contemplation des pivoines
se maintient depuis quinze siècles. Au cours de l’histoire,
on a appris à cultiver, admirer, décrire, peindre,
broder, sculpter, chanter et photographier la pivoine, formant tout
un pan de culture populaire chinoise. Aujourd’hui, la pivoine
est encore plus largement cultivée en Chine. Grâce
aux travaux des horticulteurs et aux échanges avec l’étranger,
les pivoines de Chine, pays d’origine de cette plante, ne
cessent de s’embellir. Si, en Chine, on peut pratiquement
partout admirer des pivoines, les endroits les plus connus sont
Luoyang, Heze, Pengzhou, Tongshan, Yancheng, Linxia et Beijing.
A
Linxia dans le Gansu, toutes les familles d’agriculteurs cultivent
tout au moins une ou deux pivoines et parfois des centaines. Les
pivoines à fleurs tachetées de violet sont plus hautes
que les murs de clôture et une seule plante peut parfois donner
une centaine de fleurs. A la différence d’autres régions,
on n’organise ni exposition ni floralies à Linxia,
mais les gens se rendent mutuellement visite chez les voisins et
les amis pour regarder leurs pivoines. Ceux dont les pivoines portent
de nombreuses fleurs, grandes ou originales, gagnent l’estime
des autres. Les habitants sont très hospitaliers. Ils offrent
du thé aux visiteurs et invitent ceux qui sont venus de loin
à partager un repas et à boire.
A
Beijing,
pendant la floraison qui dure un mois, on organise des floralies
marquées d’une note culturelle sensible dans des parcs
publics. Le jardin impérial dans la Cité
interdite garde toujours le style impérial,
tandis que dans le jardin botanique de Beijing, la plantation des
pivoines d’espèces précieuses se marie harmonieusement
aux vastes terrains environnants au paysage sauvage. Dans le parc
Jingshan (colline du Charbon), les pivoines qui rivalisent de beauté
évoquent des nuages multicolores. Dès que la première
fleur de pivoine s’épanouit, les gens se communiquent
la nouvelle. En pleine floraison, une mer de fleurs s’offre
aux regards et les visiteurs se succèdent. Ce que révèle
Liu Yuxi, poète éminent de l’époque Tang,
dans son poème « Contemplation des pivoines »
est un reflet fidèle de ce qui se passe dans la capitale
chinoise : «Seule la pivoine est digne d’être
appelée la fleur nationale, attirant les habitants de toute
la capitale.»
Par
Jia Peixin
©
Chinatown.fr

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